La forêt, la richesse des pygmées Bagyeli au Cameroun | Land Portal

Je dors à l’air libre, je n’ai pas eu suffisamment de feuille pour finir ma maison… C’est très dur pour moi.” Cet après-midi-là, le soleil a son zénith, Monique range délicatement les feuilles coupées en forêt. La jeune femme, la quarantaine amorcée, nous annonce, qu’elle “va vendre ces feuilles dans les jours à venir afin d’acheter du riz pour nourrir sa petite famille.”  Mais pour obtenir ces feuilles, principal moyen de subsistance, la pygmée Bagyeli a dû parcourir des centaines de kilomètre car elles sont devenues rares. “Avec mes sœurs, nous quittons le village Nyamabande pour nous rendre à Campo, à piedNous empruntons des raccourcis en forêt et nous pouvons faire deux jours de voyage à pied pour espérer trouver des feuilles”, devenues aussi précieuses que de l’or. Pourtant, quelques années plutôt, la tâche était moins ardue pour les femmes pygmées Bagyeli, mais depuis que les agro-industries se sont installées autour de leur villages et rase la forêt avec elles, tout est devenu différent, pénible.

Comme Monique, la vie de tout le village a basculé avec la coupe des arbres par les agro-industries, dont les limites des plantations sont à un jet de pierre du village. Pourtant ce peuple vit essentiellement de l’exploitation des produits forestiers non ligneux. Malgré eux, ils sont obligés de s’occidentaliser d’apprendre à épouser la culture citadine, trop moderne pour eux. Mais certaines habitudes sont dures à changer. Leurs dieux par exemple sont dans la forêt, les résidus de leurs ancêtres aussi. Ils y vont souvent pour communier avec eux. Mais avec la forêt qui s’émiette de fil en aiguille, cette connexion a pris un sérieux coup. Pourtant, ce petit village que ne dispose pas d’un centre hospitalier, mise énormément sur la forêt pour rester en bonne santé, et ce n’est pas tout. « Cet arbre soigne la femme, c’est ce qu’on utilise pour ses soins prénataux. Les fruits du Moabi, nous les utilisons pour produire de l’huile que nous utilisons au quotidien ou que nous commercialisons pour avoir un peu de revenus. Les mangues sauvages aussi nous permettent de gagner un peu d’argent pour envoyer les enfants à l’école et gérer d’autres besoins.  La forêt ci est toute notre richesse. Je peux aller tuer mon gibier, j’achète un litre de pétrole à ma femme qui a accouché et quelques grains de riz, » confie le chef du village.

Les pygmees Bagyeli vont à la chasse

 

Un pygmée sans la forêt, ce n’est plus un pygmée

C’est un peuple en crise d’identité qui pour cette raison et plus d’une autre, s’inquiète pour l’avenir des générations à venir. “ Voici des enfants pygmées, ils n’arrivent plus à chasser, parce que la pratique se raréfie en raison de la déforestation. Comment allons-nous faire, qu’est-ce qu’un pygmée sans la forêt ?” s’exclame Marie Thérèse Manzouer, pygmée Bagyeli résidant à Kribi, dans la région Sud Cameroun. La jeune dame ne cache pas sa peine face à ses frères dont les conditions de vie sont devenues très difficiles. “Il y a quelques mois, j’ai aperçu les habitants de ce village dans une voiture, qui les avait aidés à aller dans un autre village trouver des feuilles pour construire leurs maisons. Mais de telles occasions n’arrivent pas tous les jours, le reste du temps, mes frères doivent marcher parce qu’il n’y a plus de Raphia autour d’eux, tout a été dévasté. »

Avenir compromis

Dans leurs promesses, les agro-industries mettent très souvent la création des emplois, lesquels emplois peuvent devenir compromettants pour leurs bénéficiaires. Stéphane par exemple a arrêté d’aller à l’école pour travailler dans une plantation environnant le village. Chaque mois, il reçoit àpeu près 25 000 FCFA comme salaire soit environ 38 euros. Une somme trop modeste qui lui permet juste de satisfaire les besoins immédiats. Pourtant Stéphane devrait être comme les garçons de son âge, dans une salle de classe…

Avec les enfants Bagyeli après une séance de natation.

 

De plus, la déforestation cause du tort pas qu’a un seul village, c’est l’humanité qui en paiera le lourd tribut. Si en Afrique l’on continue de voir la forêt comme une ressource illimitée qu’on devrait exploiter pour se développer, il demeure pour autant vrai que le continent reste, malheureusement, le plus vulnérable face aux changements climatiques. A Nyambande, les populations se sentent essoufflées, et très loin de Yaoundé, où les décisions se prennent. Le petit village, dépourvu d’eau potable et d’électricité, accepte malgré eux, la nouvelle vie que leur impose la déforestation, un réel calvaire.


Cet article a été publié pour la première fois par #WorldForestVoices.

 

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