La diversité, solution à l’insécurité alimentaire en Afrique | Land Portal
Author(s): 
Adeline Tchouakak
Language of the news reported: 
français

Crédit image: Jim Black de Pixabay (CC BY-NC-ND 2.0 DEED)

  • Des experts conseillent l’utilisation d’engrais organiques pour diversifier et accroitre la production agricole
  • Avec 80% de ses calories produites localement, le Cameroun fait office de modèle sur le continent
  • Une personne sur cinq souffrait d’insécurité alimentaire en Afrique en 2021

[DOUALA] L’Afrique subsaharienne devrait investir dans la diversité pour être à l’abri d’une éventuelle fragilité de son système alimentaire.

C’est le message principal qui ressort de la conférence de presse en ligne organisée par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et l’Agence française de développement (AFD) le 20 février 2023 en prélude au Salon international de l’agriculture de Paris (SIA).

Cette discussion avait pour thème « Souveraineté alimentaire en Afrique en préservant les diversités : quels leviers ? ».

“Contrairement aux pesticides, les engrais minéraux n’ont aucune conséquence sur la santé humaine parce qu’ils apportent des éléments minéraux à l’alimentation des plantes et du sol”

Eric Justes, CIRAD

Elle s’appuyait sur un récent rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) selon lequel un Africain sur cinq souffrait de la faim en 2021. Une situation qui s’est accentuée avec la guerre en Ukraine, selon les experts conviés à cette discussion.

Cette nouvelle approche comporte de nombreux avantages, à en croire Eric Justes, agronome et directeur adjoint du département « Performances des systèmes de production et de transformation tropicaux » au CIRAD.

Elle permet par exemple une meilleure résilience de la production agricole face aux facteurs climatiques et biotiques et fournit aussi aux parcelles et paysages des fonctions écologiques.

Toujours selon Eric Justes, la diversité est un pilier de la fertilité et de la santé des sols car elle détermine le potentiel de la production végétale, agricole et agroforestière. Enfin, c’est une assurance de sécurité pour les agriculteurs car le risque est de zéro.

 

Le Cameroun en la matière est un cas d’école qui peut servir d’exemple pour les autres pays africains.

Dans les faits, Paule Moustier, spécialiste de l’alimentation des villes au CIRAD et directrice de l’unité de recherche MoISA, dédiée à l’étude pluridisciplinaire des systèmes agro-alimentaires, fait savoir que 80% des calories consommées au Cameroun sont produites localement. Ce qui traduit « une relative autonomie alimentaire ».

« C’est l’un des pays de l’Afrique où il y a une grande diversité biologique et alimentaire et c’est une grande chance. C’est un pays qui doit servir de modèle pour cette diversité. Une diversité qu’il faut préserver sans trop “déforester”, parce que la forêt est importante sur un plan environnemental et alimentaire », soutient Paule Moustier

Les importations au Cameroun, comme dans les pays de l’Afrique subsaharienne, sont centrées sur le blé, le riz, les huiles, le sucre et les produits animaux congelés.

Les féculents (mil, sorgho, mais, manioc etc.), les légumineuses (arachides, niébé, soja), les légumes-feuilles et les aliments de la cueillette sont produits sur place.

Intrants organiques

Toutefois pour s’assurer de grandes récoltes sur le temps, les experts conseillent l’utilisation d’intrants organiques et d’engrais minéraux car ils sont compatibles avec la vie humaine.

« Contrairement aux pesticides, les engrais minéraux n’ont aucune conséquence sur la santé humaine parce qu’ils apportent des éléments minéraux à l’alimentation des plantes et du sol », explique Éric Justes.

Les agriculteurs n’ont donc rien à craindre lors de son utilisation. Ces derniers devraient plutôt faire attention lors de l’utilisation de certains pesticides qui, même homologués, sont nocifs pour les écosystèmes et pour la vie humaine.

Au Sénégal, la société civile travaille à réduire la dépendance des agriculteurs à l’égard des intrants. Pourtant l’utilisation des engrais minéraux dans ce pays est très faible comparativement à d’autres pays.

Astou Camara Diao, directrice de l’ISRA-Bame (Bureau d’analyses macro-économiques de l’Institut sénégalais de recherches agricoles) estime à 25 kilogrammes la quantité d’engrais utilisée par hectare de terre arable au Sénégal. Un niveau d’utilisation très faible selon les experts. Or, la société civile n’en veut pas.

Le problème, selon Astou Camera Diao, est que « le sol est devenu pauvre parce qu’on y puise les éléments nutritifs sans forcément les réalimenter. Or il n’existe pas de marché de matières bio-organiques au Sénégal, la plupart des engrais liquides ou des intrants bio-organiques sont importés ».Il y a pourtant une capacité à développer au niveau des pays africains la production de ces engrais biologiques pour restaurer les sols.

Au Sénégal ce plaidoyer est porté par la Dynaes (Dynamique pour une transition agroécologique au Sénégal) qui regroupe des chercheurs, des membres de la société civile, des agriculteurs, etc.

Si, sur le terrain, regrette Astou Camara Diao, les actions ne sont pas encore visibles, dans l’espace public le débat est ouvert et les politiques publiques se sentent interpellées.

 
 
 

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